La matière en relation.

"À l’intersection du design, de la fiction et de la performance, je crée des rencontres entre des usages, des histoires, des objets et des gens en observant attentivement leurs entrechoquements."


Dans ses installations et performances, Hugo Kostrzewa travaille avec nos sens ce qui nous traverse, ce dont nous sommes traversés, au service d’un étrange divertissement qui semble interroger notre place de vivants dans le monde. Il affectionne les expériences immersives où le spectateur reçoit l’œuvre dans la singularité et la complexité de sa perception sensorielle.
Il fait appel à nos souvenirs, notre imaginaire, comme à notre capacité à nous laisser emporter dans une narration teintée d’histoire collective, de références populaires et de folklore.
Diplômé en 2009 (DNSEP ESA), Hugo Kostrzewa réalise plusieurs résidences à l’étranger, au Japon, en Pologne et en Allemagne.
Depuis 2010, il enchaîne collaborations artistiques, concerts, installations et performances. Attaché à l’idée de démocratisation culturelle, il multiplie également les résidences-missions de terrain et rencontre des publics de tous âges et tous horizons. Il est membre actif du collectif d’artistes Mabruzza de 2013 à 2020 avec lequel il conçoit et réalise des évènements multi-sensoriels à Lille ainsi que du duo LifeDesign, avec Christophe Atabekian, opérant sur la rencontre, la parole et le son. Il développe par ailleurs une approche sonore singulière depuis 2007.
Son œuvre sonore Sharawaggi (Projet Nouveaux Commanditaires) reçoit en 2017 Les lauriers culture de la Fondation de France.
Depuis 10 ans, il développe une recherche autour de la fermentation et notamment du champignon koji, recherche nourrie de voyages au Japon, en Corée et en Pologne. Il propose aujourd’hui des workshops et des consultations tant pour le tout un chacun que pour les professionnels de l’art ou de la restauration.
En 2020, il fonde avec l’artiste Catherine Duverger, atelier du ventre, une mini-entreprise avec laquelle iels abordent l’anthropocène par le prisme de la gastronomie.
Il vit et travaille aujourd’hui entre Rennes et Lille.

Hugo Kostrzewa

THE BORING BILLION
[Projet en cours]
installation sonore
Dans la performance Mange t'es mort ! avec atelier du ventre
fontaine de slime qualité alimentaire / jarres / bidons / liquide sucré en fermentation / turbo-levures / capteurs piezo / électronique / ordinateur / enceintes / fontaine à Tropico / kompot (boisson fermentée) betterave & rhubarbe
2023

On aura rarement comblé, dans même temps, le plaisir d'observer un système bien rodé qui tourne en boucle et celui d'observer les choses dégouliner.

Life on earth was nothing but slime for a boring billion years

photos Lise Gaudaire

Extrait de la performance Mange t'es mort ! :"Les fontaines sont un peu l'incarnation des sources.
Des architectures modestes ou grandioses qui assurent et célèbrent l'éternelle abondance de l'eau.
Nous avons avec elles un accord tacite qui stipule que toujours elles couleront, toujours on pourra venir s'y rafraîchir, et qu'elles seront invariablement identiques à elles-mêmes, égales avec tous.tes.
En cela, le concept de fontaine de jouvence semble découler de celui de fontaine :
un instrument d’éternité.
Ici la fontaine n’est raccordée à aucune autre source qu’à elle-même.
On vous l’a dit, l’infini, c’est fini.
Et alors par où commencer pour vous présenter ce machin ?
1989, j’ai 7 ans, je suis avec ma famille sur la place de Cracovie, en Pologne. Une vieille dame, une babushka est assise derrière un petit chariot curieux, elle y vend des graines pour nourrir les pigeons, mais aussi une drôle de boisson qui jailli d’un petit tuyau métalique.
Je goûte dans un gobelet de papier fin, une sorte de limonade rose pâle, vaguement effervescente. Elle est peu sucrée, comme un sirop de framboise extrêmement dilué dans une eau gazeuse légèrement salée.
J’y ai repensé des années plus tard, et comme cette boisson m’obsédait, j’ai creusé.
1936, Anastase Mikoïan, commissaire du peuple à l'industrie alimentaire de l'URSS, s’est rendu aux États-Unis pour se familiariser avec l'expérience de production alimentaire de masse. L’industrie alimentaire soviétique reposait alors sur l’artisanat, là où l’Amérique avait déjà industrialisé ses chaînes de production alimentaire.
Mikoïan y a passé deux mois, enchainant visites et dégustations, et a principalement ramené du matériel industriel : des unités de réfrigération, mais aussi des machines de cuisson du pain et de la viande en masse (oui, il y avait bien des restaurants de hamburger à Moscou avant que n’ouvre le premier McDo outre atlantique)
Ces nouveaux produits et ces nouvelles traditions culinaires sont en partie répertoriés dans le manifeste idéologico-gastronomique Le livre de la nourriture saine et délicieuse, publié en 1939 que vous pourrez consulter tout à l’heure.
Mais Mikoïan n’a pas uniquement ramené le concept de hamburger, il a aussi ramené et adapté celui de fontaine à soda, à l’époque très en vogue aux USA.
L’idée était simple, le peuple soviétique devait avoir accès à des boissons gazeuses 24h/24.
Ces machines embarquaient une bouteille de gaz et étaient reliées au réseau de distribution de l’eau. Des gobelets de métal y étaient enchainés et permettaient aux consommateurs de passage de se désaltérer. Tout le monde buvait dans les mêmes gobelets, que l’on pouvait tout de même rincer sommairement. On raconte que ces fontaines étaient parfois présentées comme un moyen de renforcer l’immunité collective du peuple…
Ces machines, appelées Saturator se répandirent dans tous les pays de l’est et furent renommées gruźliczanka en Pologne, ce qui signifie littéralement “la tuberculeuse”.
Alors revenons à notre fontaine, ici présente : elle fait circuler du slime, vous voyez ce que c’est ? de l’allemand schleim, du latin limus, la boue.
Le concept de slime comme objet a été inventé par Mattel en 1976. Pour le coup il s’agissait d’un jouet, un pot de cette substance visqueuse. Dès sa création, le slime se devait d’être non-toxique, il était alors fabriqué à base de gomme de guar, un additif alimentaire bien connu de l’industrie de la confiserie.
Ce slime fut par la suite rendu populaire, atteignant le statut d’objet culte durant les années 80-90 à travers des films comme Ghostbusters, Gremlins ou Alien.
Le peuple voulait que ça déborde et que ça dégouline.
Puis c’est sur les réseaux sociaux que le slime a trouvé un nouvel habitat.
Une tendance lancée par des vidéos d’adolescents thaïlandais manipulant du slime, jusqu’à devenir virale et constituer un des piliers d’instagram et youtube dans les années 2018-2019.
Ces vidéos, jugées relaxantes par leurs aficionados, ont fait entrer le liquide gluant dans le panthéon de l’ASMR aux côtés des grincements du polystyrène et des chuchotements dans le micro. Pour rappel, L’ASMR est une méthode de relaxation par la diffusion de petits sons évocateurs qui induiraient une réponse particulière de notre cerveau.
Ici c’est du slime de cinéma qui circule, non toxique lui aussi, mais fabriqué avec du methyl-cellulose, un additif alimentaire utilisé notamment comme agent de texture dans les similicarnés industriels.
Curieusement c’est aussi dans le slime, le mucus ou les bio-films que vivent les bactéries que nous aimons tant chez atelier du ventre. Et c’est dans ce mucus que s’est tournée une des pages les plus fascinantes de l’histoire de planète :
Le Boring Billion ou Milliard Ennuyeux.
Un milliard d’années gluant durant lequel des bactéries ont bullé le plus tranquillement du monde dans le slime, posant les bases physico-chimiques d’une planète propice au développement de la vie telle qu’on la connait.
Mais revenons une dernière fois à notre fontaine : elle est unique.
On aura rarement comblé, dans même temps, le plaisir d'observer un système bien rodé qui tourne en boucle et celui d'observer les choses dégouliner.
Ah oui au fait, il y a un deuxième circuit dans cette fontaine, une fontaine dans la fontaine.
Les avertis auront reconnu la fameuse fontaine à Tropico qui trônait sur les comptoirs des bars d’antan. Vous pourrez y déguster, dans des gobelets en papier, une boisson tranquille, peut être trop tranquille, mais poétique, naturelle, légèrement fermentée, pas trop sucrée, pas trop salée.
Et peut-être, vous échangerez vos verres avec nous, ou juste bien vos impressions."

WILL IT KEBAB ?
[Projet en cours]
expérience artistique, scientifique, sociale et collective
Résidence-mission A.R.T.U.
Université de Lille

www.willitkebab.com
Depuis 2023

"Will it kebab ?" est une expérience artistique, scientifique, sociale et collective initiée en 2023 à l'Université de Lille. Elle consiste en la conception, la réalisation et la distribution gratuite d'un sandwich type kebab à la viande de mammouth simili-carnée (d'origine végétale).

Ce sandwich à base de pain au levain contient également une sauce piquante et des condiments fermentés créés pour l'occasion.
Le projet se fonde sur la rencontre avec différents acteurs du territoire universitaire, s'appuyant sur la diversité humaine, la pluralité des expertises et des contextes, qu'il s'agisse de lieux culturels, d'action sociale ou d'enseignement.
À la convergence de l'anthropologie, de la paléozoologie, de la sociologie, du design culinaire, du marketing et de la solidarité, "Will it kebab ?" se propose aussi d'inventer des moments d'échanges, de transmission de savoir-faire et d'attention.


Pourquoi le kebab ?
Sandwich iconique de la culture populaire et plat incontournable de l'alimentation étudiante, il est d'une certaine façon ancré dans la culture de l'humanité depuis des lustres, les plus anciennes traces de pain pita (pain plat) au Moyen-Orient remonteraient plus de 14 000 ans. S'il constitue aujourd'hui un objet politique polarisant, son statut de symbole culinaire lié à l'immigration ouvre un champs de questions tant liées à ses représentations populaires, qu'à l'histoire mondiale de l'alimentation, ses communs et ses particularismes, aux perspectives de la végétalisation d'un sandwich carné, aux projections entrepreneuriales qui pourraient en découler etc.Pourquoi le mammouth ?Animal iconique de la culture populaire, il symbolise à lui seul la mégafaune qu'ont pu côtoyer nos lointains ancêtres. Sa résurrection (désextinction) est aujourd'hui au centre de l'attention de certaines des plus grosses entreprises mondiales spécialisées dans l'édition génomique. Bénéficiant du capital sympathie de l'éléphant, peut-être aussi de la sagesse que l'on attribue au grand âge, il connote tant l'abondance de nourriture potentielle qu'il représente la résilience dans des fictions populaires qui l'associent à la survie dans un "monde glacé". Nous entretenons avec cette espèce une relation particulière :Les représentations populaires en font l'adversaire éternel, le gibier ultime d'un monde préhistorique dominé par les hommes et centré autour de la chasse et de la figure héroïque du chasseur alors que la cueillette était la source d'alimentation largement dominante (La théorie de la Fiction-Panier, Ursula K.Le Guin).Ce mammouth donc, dont "nous" serions partiellement responsables de l'extinction cristallise, d'une certaine manière, à la fois une culpabilité dans notre rapport au vivant et notre appétit inassouvi de "jouer à Dieu".

ATELIER DU VENTRE
En duo avec Catherine Duverger
www.atelierduventre.com
Depuis 2020

Qu’est ce qu’on mange ce soir ?

Qu’est ce qui nous mangera demain ?

atelier du ventre est un duo d’artistes plasticiens, Catherine Duverger et Hugo Kostrzewa crée en 2020.
Il prend la forme d’une mini entreprise, comme un vaisseau pour traverser l’anthropocène sous le prisme de la gastronomie au sens très large : ses mythes, ses anciens et nouveaux usages, mais aussi l’industrie agro-alimentaire, ses récits, ses rebuts...


Pourquoi la gastronomie ?
Parce que tout le monde mange, et qu’au travers de cet acte qui peut paraitre trivial, nous établissons notre rapport à l’autre, au monde et au vivant. Élément fondateur de la société, le manger rapproche non seulement les gens, mais il transmet aussi l’Histoire et les histoires. Il définit les codes et les usages d’un groupe, mais aussi son lien au vivant, au sol et plus largement, au monde. Et s’il est porteur de tradition, il s’écrit et s’enrichit également en permanence.

Faisons-nous la cuisine ?
Pas toujours, si parfois nous proposons de goûter des choses, c’est pour offrir une expérience singulière, personnelle et collective. Nous croyons fermement en la nécessité de dépasser la polarisation classiste de bon goût/mauvais goût qui constitue un frein à la démocratisation culturelle.
Nos œuvres se fondent souvent sur des matériaux issus de l’agro-alimentaire, même si elles n’ont pas toujours pour but d’être mangées. Elles entretiennent en cela ce lien si spécial que nous avons tous.tes avec la nourriture. Les expériences sensorielles que nous proposons s’accompagnent toujours d’un récit, d’une fiction, d’un contexte. L’écriture, le design graphique, l’image photographique, le design culinaire, la sculpture, la vidéo et le son sont au service d'un ensemble qui fait œuvre.
Nous questionnons le péri-alimentaire, ce qu’il y a autour de l’alimentaire : les mythologies culinaires, le marketing des marques, le design sensoriel, la gourmandise, les systèmes de récompense, les tendances de la représentation de la nourriture sur les réseaux sociaux.
Il s'agit également d'un rapport au vivant, à ce monde qui littéralement nous traverse, ce rapport au sol, au paysage, à la cueillette, au jardinage, mais aussi aux personnes et les lieux qui produisent la nourriture. Si nos moyens d’action sont domestiques, nous utilisons néanmoins des forces invisibles (bactéries, enzymes, champignons) matérielles et immatérielles (récit, image, science, croyance, intelligence artificielle) pour tenter de répondre à la plus vieille question de l’humanité,“qu’est-ce qu’on mange ce soir ?” par cette autre question “qu’est-ce qui nous mangera demain ?”
Si l’adage dit que moins l’on en sait, mieux l’on se porte, nous tentons de le faire mentir.

UNE HISTOIRE DE BLŒUF
installation multisensorielle, fable et lecture performée
fable gravée sur plexiglas fluorescent / néon LED lumière noire / diffuseur de fragrance raisin concord (vitis labrusca) / diffuseurs de sons naturels relaxants / typographies No-Ko de Loris Pernoux et Antony de Sun Young Oh
2023

vue de l'exposition How to disappear ? dans l'ancienne unité pédopsychiatrique du Bois Perrin à Rennes.

Une couleur peut-elle disparaître ?Dans cette fable, il est question du changement de paradigme d’un pays-monde (un avant-monde, un après-monde ?) qui entraina la disparition de la plante qui, pourtant, présidait à son identité culturelle et à sa prospérité.
Le blœuf est inspiré du Miànjīn, 面筋 («pâte» + « tendon»), substitut de viande en gluten de blé supposément inventé par des moines bouddhistes végétariens de la Chine ancienne.
Le parfum expulsé toutes les 7mn30 par le diffuseur est celui d’une variété de raisin spécifique, le raisin Concord. C’est un cultivar de vitis labrusca, vigne endémique d’Amérique du Nord à l’arôme musqué, foxé ou renardé comme le classifie l’œnologie à la française qui décrit ce cépage comme dégageant une odeur sauvage qui évoquerait le renard, voire son urine.
Interdite en France depuis 1934, elle est accusée de produire durant sa vinification quantité de méthanol dont la consommation provoquerait la folie. Cette vigne sert de référence à l’arôme artificiel de raisin, qui apparaît en 1851 lors de la première Exposition Universelle à Londres, et qui reste inchangé jusqu’à nos jours. Son côté foxé si particulier est dû à un composant, l’anthranilate de méthyle, absent des variétés de vignes européennes, mais qui constitue la note principale de l’iconique Chanel n°5.

UNE HISTOIRE DE BLŒUF
installation multisensorielle, fable et lecture performée
fable gravée sur plexiglas fluorescent / néon LED lumière noire / diffuseur de fragrance raisin concord (vitis labrusca) / typographies No-Ko de Loris Pernoux et Antony de Sun Young Oh
2023

Une couleur peut-elle disparaître ?Dans cette fable, il est question du changement de paradigme d’un pays-monde (un avant-monde, un après-monde ?) qui entraina la disparition de la plante qui, pourtant, présidait à son identité culturelle et à sa prospérité.
Le blœuf est inspiré du Miànjīn, 面筋 («pâte» + « tendon»), substitut de viande en gluten de blé supposément inventé par des moines bouddhistes végétariens de la Chine ancienne.
Le parfum expulsé toutes les 7mn30 par le diffuseur est celui d’une variété de raisin spécifique, le raisin Concord. C’est un cultivar de vitis labrusca, vigne endémique d’Amérique du Nord à l’arôme musqué, foxé ou renardé comme le classifie l’œnologie à la française qui décrit ce cépage comme dégageant une odeur sauvage qui évoquerait le renard, voire son urine.
Interdite en France depuis 1934, elle est accusée de produire durant sa vinification quantité de méthanol dont la consommation provoquerait la folie. Cette vigne sert de référence à l’arôme artificiel de raisin, qui apparaît en 1851 lors de la première Exposition Universelle à Londres, et qui reste inchangé jusqu’à nos jours. Son côté foxé si particulier est dû à un composant, l’anthranilate de méthyle, absent des variétés de vignes européennes, mais qui constitue la note principale de l’iconique Chanel n°5.

CE QUI RESTE, ET CE QUI RESTERA
installation
texte gravé sur plexiglas / pomme de terre / or liquide / colle / résine / 40 portraits d’Atahualpa générés avec l’I.A. Stable Diffusion / mapping vidéo
2021-2023

Comment connait-on le monde ? Qui raconte l’Histoire ?Ce qui reste, ce qui restera, c’est une dérive, une tentative de déconstruction / reconstruction hasardeuse du monde, monde entendu comme l’amalgame de différents niveaux de réalité.
C’est aussi jouer à la voix de l’Histoire, celle qui a bon dos, à qui l’on fait porter un sens, celle des petites et des grandes anecdotes, celle-là même à qui l’on fait dire et dire encore, forgeant ainsi des représentations collectives.
Partant de notre inclination naturelle à la cohérence des récits, il sera question de tailler à la machette une piste maladroite afin de progresser avec détermination dans la jungle de l’information brute.
Et cela au départ du motif hautement symbolique d’un événement tant cosmogonique que trivial : le bris d’une pomme de terre chips.

PAS DE LARMES ASSEZ
installation sonore
ormeaux / texte / capteurs piezzo / tuyaux / résonateur virtuel / électronique / haut parleur / fermenteurs / pompe / vitamine B2 / vitamine B12 / colorant bleu E131
2021

La promesse
Les fontaines sont un peu l'incarnation des sources.
Des architectures modestes ou grandioses qui assurent et célèbrent l'éternelle abondance de l'eau. Nous avons avec elles un accord tacite qui stipule que toujours elles couleront, toujours, on pourra venir s'y rafraîchir, qu'elles seront invariablement identiques à elles-mêmes, et égales avec tous.
En cela le concept de fontaine de jouvence semble découler de celui de fontaine :
un instrument d’éternité. Ici, la fontaine n’est reliée à aucune source mais à elle-même. C’est un circuit en boucle, un circuit intégré dans une sculpture.
Elle en est le début et la fin, et constitue un tout, que l’on pourrait même qualifier d’écosystème. Des algues, et des micro-organismes finissent par s’y installer.
Et peu à peu l'eau s'évapore.

SHARAWAGGI
création sonore / installation sonore in-situ
9 zones, 70 compositions , 27 hauts parleurs
Projet Nouveaux Commanditaires au Lycée Pasteur de Lille
La commande a remporté les Lauriers Culture 2017 de la Fondation de France
Médiation-Production : artconnexion
2016

Sharawaggi, vocable introduit en occident au XVlllème siècle par des voyageurs européens rapportant la beauté inexplicable, la grâce naturelle désordonnée des jardins chinois.
Il donnera naissance aux jardins à l’anglaise qui deviendront plus tard les parcs à fabriques, eux mêmes à l’origine des parcs d’attractions.
Sharawaggi est le fruit d’un projet Nouveaux Commanditaires aboutissant à une commande sonore visant à remplacer la sonnerie du Lycée Pasteur de Lille, jugée monotone.Suite à un travail avec le groupe d’élèves commanditaires visant une prise de conscience du fait sonore et de ses influences supposées sur le comportement humain, j’ai proposé une approche empruntant autant à la l’acoustique qu’aux musiques ayurvédiques, à l’A.S.M.R autant qu’aux théories du marketing sensoriel et à la musique acousmatique.Les bâtiments, aux propriétés acoustiques singulières sont abordés comme des instruments, prêts à être mis en résonance. La spatialisation des hauts parleurs permet de créer des déplacements de sons, des glissements, permutations d’une zone à une autre.
Ainsi selon le masquage sonore des bruits ambiants et de la disposition de chacun à la rencontre, il sera possible d’entendre :
-Des compositions courtes, à la fonction de signal, composées à la manière des haïkus, fonctionnant sur des évocations et constructions difficiles à mémoriser.
-Des compositions plus longues qui accompagnent l’ouverture, la fermeture et les changements de classes, qui fonctionnent dans un ensemble de couches elles mêmes traversées par des sons mouvants.
Les sons employés sont essentiellement choisis pour leurs qualités stimulatoires : égrainements, petits flux aqueux, friture sur la ligne, vent, vaporisation, légers frottements, petites percussions...
Ces sons aux textures réalistes n’en sont pas moins synthétiques : leur durée, l’évolution de leurs timbres et leur comportement sont commandés, joués, et font plus appel à la musique expressionniste et à la sculpture sonore qu’au documentaire.
Des résonateurs virtuels, accordés sur des gammes exotiques viennent de temps à autre, ajouter des couleurs harmoniques inattendues.
Je fais aussi la part belle à un ensemble de stimuli sonores, logés dans notre inconscient collectif: du rebond d’une balle de ping-pong au crépitement d’une boisson gazeuse, de quelques mots fredonnés dans un effet auto-tune aux bips et buzz des équipements hi-tech contemporains (vibreur du téléphone portable, stimulus par excellence).
Au final se profile une certaine esthétique de la fraîcheur, de la détente, une curieuse sensualité exotique balnéaire à moins qu’elle ne soit balinaise.

MEMBRANE
installation
amidon de manioc / vitamine B12 et B2 / fils de pêche / hameçons / lumière noire / moteur / électronique
2021

MES RUINES
installation sonore et olfactive
création sonore octophonique / céréales rice krispies / marshmallow / haut-parleurs / amplificateurs / carte électronique
2019

16 cubes de 25 cm de côté, constitués d’un mortier de riz soufflé et de guimauve.
Chaque cube contient environ 30000 kcalories et renferme une enceinte, reliée à un central.
Ils diffusent une création sonore octophonique de 19 min construite comme un rituel dont les codes nous échapperaient.
Cette composition met en relation une forme sculpturale vue et sentie (l’odeur de marshamallow et de caramel de l’installation) avec un ensemble de textures, de sons et de matières sonores ayant tous comme origine des cassettes contenant des programmes datant de mon enfance, lors des débuts de l’informatique personnelle.
Ces programmes sont encodés en bruit brut sur les bandes.
J’en extrais des clics, des bips, des bits, des ultrasons, des bruits blancs, roses et bruns, des murs du son, des sons liquides, le pleurage de la bande, des sons réminescents d’insectes, de modems, de serveurs, de cris...
A partir de ces fragments, je fabrique une pièce sonore immersive, quelque part entre la séance de relaxation new-age et l’odyssée sensorielle de la douloureuse mise au monde de ces objets.
Comme une vaine tentative de transmettre quelque chose qui ne peut être dit, un morceau d’histoire.

DEBOUT CYBORG !
installation olfactive et sonore
table d’hôpital / plantes carnivores / sac poubelle / fruits en fermentation / mouches / criquets
La tentation de survivre avec Zheng Le & Yasutaka Saito_
Pour l'exposition La tentation de survivre avec Zheng Le & Yasutaka Saito
2013

Hugo Kostrzewa

L'IDIOT REGARDE LE DOIGT
installation
production artconnexion
fond d’aquarium sur pvc / porte canne à pêche / laser disco/ électronique
Dans l'exposition La tentation de survivre avec Zheng Le & Yasutaka Saito
2009

Hugo Kostrzewa

LE CHAPITRE
installation olfactive et sonore
6 diffuseurs de parfum programmables / chêne / chaînes / concentré d’humus / urine de biche synthétique / concentré de fumée synthétique / attractif pour cerfs rouges / parfum fleur de lys / parfum fruits exotiques
Dans l'exposition La tentation de survivre avec Zheng Le & Yasutaka Saito
2013

LA PERLE RARE
installation
bidons de lessive / déchets marins / emballages protecteurs à bulles / nouilles de patate douce / sculptures en amidon de manioc / textes
2021

Love storyLa mer produit l'huître.
Un déchet entre dans l'huître.
L'huître en fait une perle.
L'homme ramasse l'huître,
trouve la perle et l'offre à la femme.
Ensemble, ils aiment la perle.
Unilever prend l'amour de la perle,
le transforme en bouteilles, y met de la lessive,
du shampoing.
Parfois, les bouteilles en plastique-perle
retournent à la mer.
La mer les érode et ce faisant,
crée des microplastiques.
De temps à autre, du plastique usé
échoue sur la plage.
Je le trouve beau,
je le ramasse.

Esthétiser les problèmesIl y a d'abord un mollusque délicat, gisant sur son lit de nacre.
Un corps souple, bientôt liquide, ramassé sur lui-même, un être-monde lové, ajusté dans sa gangue, rocailleuse et tranchante à l'extérieur, glabre et soyeuse à l'intérieur.
Sans aucun doute, l'huître perlière est un lieu de contraste admirable.
Et puis elle possède cette non moins admirable faculté, presque bourgeoise, à enrober les problèmes.
Les perles naturelles adviennent souvent par la concrétion de nacre autour d'un corps étranger qui aurait réussi à pénétrer le système huître.
La nacre qui fait le confort et le luxe de son habitat, c'est aussi sa réponse au danger que représente la présence de ce corps étranger.
Ainsi l'huître, en produisant la perle, arrondit les angles et garde la face.

DEAR INTERNET, HOW TO MAKE PLASTIC LOOK OLD ?
installation
bouteille de lessive, ketchup, citation du forum de discussion Reddit.com
2020

Hugo Kostrzewa

Soak your item in spaghetti sauce overnight. Cover as much of the area as you can with the sauce. If needed, fill a larger bowl with it and then set your item inside. In the morning, run it through the dishwasher, with no soap, on the hottest setting possible to set the stains in. This makes it look as if it was used for many years.

www.reddit.com

LA CRAVATE BROWNINE
édition
flyer / marc de café / vieux dossiers / glycerol /
alginate de sodium / os de poulet / sauge blanche
Éditée à 100 exemplaires par le festival de design MOSAIC 2021
organisé par l’Université Catholique de Lille

2021

Hugo Kostrzewa
Hugo Kostrzewa

NAPPES
édition
toile cirée encre contact alimentaire
120 x 90 cm

2023

FOR BETTER OR WORSE : A KOJI EXPLORATION WORKSHOP
Workshop
à l'invitation de The Guesthouse, Cork autour du champignon koji
2020

Hugo Kostrzewa

- Fabrication de shio-koji, de saké rustique
- Dégustation : hacking de fromages industriels, charcuterie de légumes, saké, amazake, légumes au shio-koji, viande au shio-koji, fruits de mer au shio-koji

SAUCES PIQUANTES
édition
avec atelier du ventre
depuis 2020

PERMAFROST
édition
avec atelier du ventre
base de soupe fermentée congelée, 225 ml
édition numérotée de 24 exemplaires

2021

Inspiré d'une recette médiévale polonaise (le żur), ses notes aigrelettes, fumées et savoureuses venues d'un autre temps s'encanailleront avec joie avec les restes de votre frigo ou dormiront dans votre congélateur pour l'éternité.Ingrédients : eau, farine de seigle, racine de persil et huile de coco fumées au bois de pommier, pâte miso de noix, piment de la jamaïque, koji d'orge, raifort, algue kombu ail, laurier, marjolaine.
Le contenant est compostable.
Suggestion d'utilisation : réveillez le contenu une nuit à température ambiante et diluez le dans un litre de bouillon, ajoutez des oeufs durs, ce qu'il vous semble bon.

Performance

MANGE, T'ES MORT
installations performatives / dégustations
atelier du ventre (avec Catherine Duverger)
photos Lise Gaudaire
2023

Mange t’es mort est une expérience sensorielle immersive sous la forme d’un showroom curieux, quelque part entre l’exposition d’art contemporain et le salon de l’ agriculture.
atelier du ventre y partagera l’avancée de ses recherches autour du fait alimentaire sous la forme d’installations accompagnées de récits factuels ou fictionnels. Il sera donc question de faire ensemble une virée sur les territoires du bizarre et de l’invisible, et de déguster du mort, du vivant et des histoires, quitte à braver au passage quelques interdits.

OMAKASE
Performance participative
dégustation / mets / histoires / vaisselle artisanale en plastique recyclé et en bio-plastiques / visuels générés par intelligence artificielle imprimés sur lycra
Fructôse, Dunkerque

2022

MOONSHINERS
installation performative
avec le collectif Mabruzza,Xinke Yu & Matt Sujex
World Design Street Festival, Lille Capitale Mondiale du Design
photos Willy Kedziora

2020

Moonshiners est un projet collectif, une performance au long cours durant laquelle une équipe internationale tient une mystérieuse unité de production fédérée autour d’un champignon ancestral, aspergillus oryzae, aussi appelé koji en japonais.
Quelque part entre la brasserie de saké et la fiction survivaliste, le Projet.
Nous croyons en l’existence d’analogies fortes entre l’amitié, l’entrepreneuriat et la fermentation, considérant le Projet comme un environnement symbiotique nécessitant du temps, de la confiance et de l’énergie.
Nous communiquons ces idées via un bureau des explications, conçu par le professeur et artiste Xinke Yu. Elle y performe des consultations au travers d’un dispositif personnel, partageant la singularité et la qualité de son point de vue sur le projet, sur le monde et sur la vie.
Le Chef Mr Barry officie aux commandes des cuisines. Il recueille les fragiles légumes ensemencés de koji dans la chambre d’incubation et les travaille en friture légère. Il prépare aussi une multitude de tsukemono, des légumes fermentés dans la lie de notre saké. Nous avons parfois eu recours à un ressort créatif particulier : penser notre action dans scénario d’effondrement économique. Cependant le Projet se déploie comme un simulacre d’entreprise : un produit et ses dérivés sont conceptualisés et réalisés, une unité de recherche et développement travaille sur le design des contenants, la mise en place du storytelling, la création de nouvelles recettes et la réutilisation/revalorisation des restes et résidus.
Au centre, notre amitié, qui fonde nos relations d’équipiers. Fabriquer du saké nécessite une attention et une exigence absolue tout au long des étapes.
Nous produisons une boisson qui se situe entre le saké rustique coréen (makgeolli) et japonais (doburoku). Nous préférons cependant aux levures traditionnelles des levures de bière produites localement, parfois récoltées à même les bouteilles.
L’installation comporte un volet sonore assuré par le designer sonore Matt Subjex. Il capte les signaux d’activité du saké en cours de fermentation et les guide dans un programme MaxMSP qu’il a conçu pour générer une bande son quadriphonique. Cette création sonore articulée autour des micro-organismes habille et accompagne le travail de l’équipe, comme une forme poétique de team-building sensoriel maintenant la cohésion d’entreprise entre micro et macro travailleurs.

HORUMONIYAKI
performance
pintade & abats / excitants modernes / barbecue japonais sur l’invitation d’Irene Murphy & Mick O’Shea à l’église Saint-Laurent, Rennes
2019

Horumonyaki ホ ル モ ン 焼 き désigne un style de barbecue japonais au nom mystérieux, attribué tantôt à la translitération de l’anglais hormone, tantôt hérité du mot hourumon, du dialecte d’Osaka, qui désigne «la chose que l’on jette», entendons par là les abats. La médecine traditionnelle chinoise leur prête des vertus énergisantes, favorisant la stamina.Durant cette performance à l’Eglise Saint Laurent de Rennes, je me propose de préparer, de griller et de laquer ces abats avec une sauce yakitori confectionnée à base d’excitants modernes. Les mythologies du café starbucks, du coca-cola & de la boisson redbull viennent sur-imprimer le pouvoir prétendument dynamisant de ces organes.Comme la sauce qui vient laquer les brochettes, le storytelling et la symbolique des marques viennent se superposer à des croyances ancestrales.A la lumière des problématiques éthiques de consommation carnée et de la place des bas morceaux dans l’industrie de la viande, on peut chercher dans ces télescopages de nouvelles perspective, voire de nouveaux usages.Une autre transsubstantiation peut ici avoir lieu.

POLKA
installation sonore
Projet européen C.O.A.L.
accordéon / moteur / carte électronique / ordinateur / portique
2008
Métaphore de l’accordéon comme corps et comme poumon du mineur.
Premier des instruments fabriqués de manière industrielle, il fait ici l’épreuve des cadences mécaniques qui l’ont fait naître.
Il est animé par un moteur programmé selon une partition à différentes vitesses de rotation.
En résultent différents mouvements semblables à des danses grotesques, ainsi que des motifs musicaux répétitifs.
Les gesticulations de cet instrument personnifié évoquent des musiques et des danses populaires fondées sur la répétition, de la polka au punk en passant par la techno.

PERFORMANCE 2 EN 1
performance gustative, olfactive et sonore
stand / orgue électronique / haut parleurs / friteuse / beignets kruscikis / moniteur / électronique
2008

Je joue de la polka, cuis et distribue simultanément des kruscikis, des beignets polonais. Ce sont des éléments de ma culture, ma famille étant originaire du bassin minier. Mon grand-père mineur jouait ces airs dans les bals le dimanche, son jour de repos. Le dimanche était également le jour où l’on recevait, le jour des pâtisseries. Enfant, j'ai parfois eu droit à ces doubles dégustations.
Durant la performance, je compte et incrémente mes fausses notes et le nombre de beignets partis.
Quand la cadence le permet, je danse.
Se conjuguent ici l’odeur de friture, le sucre, le rythme, les sons de clavier désuets et la mémoire, mais aussi la question du travail, de la limite entre performance et prestation.
Et opèrent des glissements sémantiques, être artiste du dimanche, avoir un métier alimentaire, jongler entre les deux.

MEMOREX MEMOREX
performance gustative, olfactive et sonore
vins naturels et oxydatifs / cassettes audio vierges vintage / articles wikipedia / Atlas Universalis
2019

J’associe des vins (naturels, oxydatifs), des cassettes (des bandes sourcées en Russie, chez un spécialiste des cassettes vierges de collection), de petites et de grandes histoires, de la géographie et du marketing dans un storytelling qui se déploie au grès d’une dégustation collective.J’évoque au fil des cassettes et des bouteilles, les berges de l’Amour, les sorcières de Salem, le veau Orloff, le Pic-vert Russe ou encore Le petit âge glaciaire.Empruntant aux formes de la dégustation de vin, du rituel divinatoire, de la conférence et du conteur, je propose une approche de l’écoute profonde (deep listening) tout en jouant de phénomènes d’induction.Anecdotes, souvenirs, vapeurs et spirits se combinent en un étrange moment de convivialité autour de nos sensibilités propres.

LA PLUS GRANDE CHIPS DU MONDE
sculpture / performance / record du monde
Une chips de 93 cm
2017

Aéroport de Busan, Corée du sud, j’attends mon vol vers l’île volcanique de Jeju.
J’adore les volcans, les îles et les mythes de la création du monde.
Pas grand chose à faire, je traîne dans un énième convenience store pour parfaire ma connaissance du monde des snacks coréens. Je suis en ce domaine plutôt aventurier, fasciné par les combinaisons de formes, de couleurs, de textures, de goûts, de marketing, le food design en un mot.
Je me perds donc dans les rayons, vérifiant minutieusement qu’un paquet de chips goût champagne n’aurait pas échappé à mon œil de faucon. Je divague, je pense aux chips, aux crisps, me figurant qu’il doit exister d’autres aliments qui portent le nom du son qu’ils produisent quand on les consomme, je pense à la cuisine japonaise, à des plats comme le shabu-shabu (le bruit de la viande que l’on tourne dans le bouillon).
Je me rappelle que les japonais possèdent tout un vocabulaire onomatopéique qualifiant la texture des aliments par leur sonorité. Dès lors, il n’est pas surprenant que le Japon et son voisin coréen possèdent un marché de la chips d’une variété et d’une créativité incroyable.
Eurêka ! : j’imagine une chips gigantesque, primitive, rassemblant une énorme tension structurelle.
Quelque chose de sonore, une membrane.
Du potentiel à la rupture, comme les failles tectoniques, comme le silence pesant avant le big-bang.
Une chips qui se rompant, délivrerait un parfum de feu, de terre, de mer et d’air.
Une sculpture fragile, vouée à la destruction, l’idée d’un apéro cosmogonique.
Et puis j’ai cherché la plus grande chips du monde, et je suis tombé sur un record détenu par les ingénieurs de chez Proctor & Gamble, quelque chose comme 64 cm de long, une chips exposée au Idaho Potato Museum. Pringles (marque appartenant à l’époque à Proctor & Gamble avant d’être cédée en 2012 à Kellogg’s) fabrique des chips à base de poudre de pomme de terre déshydratée ce qui explique pourquoi la taille de leur chips “record” excède largement le diamètre d’une vraie pomme de terre.

NOVEMBER RAIN
diner pop-up
menu dégustation thermal & sensible
November Rain célèbre, entre deux slow cultes, la douce mélancolie du mois de novembre.
Un menu tout en douceur, avec chaussons, serviettes, bougies à LED et la bande-son idoine.
14 personnes

11/2018 à Lille


- saké junmai chaud
- chawanmushi bain-marie / châtaignes / potimarron fermenté- poireaux pochés & brulés / écume d'eau de mer & whisky Laphroaig- rogue de cabillaud, saké sous vide- pain vapeur brûlé / abricot-boshi au sirop d'érable / tomme fraîche / potimarron fermenté- poulet sous-vide façon Hainan mariné au shio-koji / foin / zeste de citron / fini à la flamme / kaki fermenté / gelée de concombre- tonkotsu ramen chashu, oeufs pochés, huile d'ail brûlé (nouilles ramen maison)- gelée de raisin japonais concord avec inclusion d'un grain de raisin muscat- vins naturels

Transmission

WHAT WE LEFT BEHIND
Photo numérique, tirages 70 x 50 cm
Photographies issues du workshop "Bijoux en snacks extrudés" mené avec la classe de 3ème arts plastique d'Anaïs Pereira, au collège La Morinie, Saint-Omer
2019

VOBLA ÉVOLUTION 3 : LE GARUM DU LAC BAÏKAL
Têtes et arêtes de gardons de la Caspienne / koji d'orge / sel / images générées par intelligence artificielle / fable générée par intelligence artificielle
Mise en garde, contenu explicite
2021

"On ne se rend compte de l'importance d'une chose que lorsqu'on la perd"
Si la Sibérie est une incarnation proverbiale d'un lointain ailleurs, il n'en demeure pas moins que depuis le début de la guerre en Ukraine, l'idée même de s'y rendre parait, elle aussi, s'éloigner. Le lac Baïkal, la perle de Sibérie, s'y tient discrètement, retenant 20% de l'eau douce mondiale. S'il est le plus ancien lac du monde, il est aussi le plus profond et abrite une faune aquatique dont 80% est endémique.
Considéré comme sacré depuis toujours pour les populations autochtones, Baïkal provient du mongol Baïgal qui signifie la nature. La pureté elle aussi proverbiale de son eau (une des plus pures au monde, disponible en bouteille dans certains supermarchés français jusqu'à 2020) a été maintes fois remise en cause ces dernières années et les efforts du gouvernement en ce sens manquent de transparence.
Les rejets d'eaux usées industrielles et agricoles, la surpêche, mettent en péril sa bio-diversité. Son inscription au Patrimoine mondial de l'UNESCO le protège néanmoins symboliquement.
C'est dans ce paradis des naturalistes, lieu de tous les superlatifs, que prend place la fiction sauce-poisson.

VOBLA ÉVOLUTION 3 : LE GARUM
Têtes et arêtes de gardons de la Caspienne / koji d'orge / sel / images générées par intelligence artificielle / fable générée par intelligence artificielle
Mise en garde, contenu explicite
2021

VOBLA ÉVOLUTION 2 : LA POUTARGUE
Œufs de gardons de la Caspienne / cire à fromage / colorants naturels
Mise en garde, contenu explicite
2022

VOBLA ÉVOLUTION
photographies de gardons de la Caspienne (vobla) augmentées par intelligence artificielle, dimensions variables
2022

Les images originales proviennent d'une séance photo qui documente la récupération des poches d'œufs sur des poissons russes, des gardons de la Caspienne femelles. Ces images sont ensuite soumises à une I.A. en vue d'en créer une évolution qui suivrait un prompt donné. L'I.A. n'intervient que très légèrement sur les photos, elle est stoppée après seulement quelques itérations. Quelque chose commence à apparaître, mais quoi ?

CHEESE STRETCH
images générées par VQGAN+CLIP imprimées sur lycra tendu, dimensions variables
2021

La place de l'iconographie du fromage fondu dans le complexe pharmaco-pornographique capitaliste

Depuis l'apparition du cheese-pull iconique du marketing de la pizza américaine jusqu'à son règne suprême sur l'iconographie food-porn, le fromage fondu est devenu plus qu'un signe. Un fluide qui, étymologiquement, se définirait par sa capacité à prendre la forme de ce qui le contient : formage du latin forma.
Si elle prend ancrage dans un imaginaire pastoral, orné de troupeaux, de bergers et de grottes, de savoirs-faires ancestraux, la représentation mondialisée actuelle du fromage dans son état fondu, dégoulinant, lisse et brillant tend à s’en éloigner radicalement.
Peut-être ce liquide jaune, à la fois palliatif, tabou, fétiche, et son iconographie relèvent aujourd'hui davantage de la pharmacopée capitaliste bio-politique qui participe à l'apparition des états mentaux d’excitation, de détente, de décharge etc... ?

HUILE SUPER-SPÉCULATIVE
huile de colza aux paillettes d'or alimentaire, arôme synthétique de cheddar, enrichie au β-carotène / 8 bidons aluminium 1l / visuels générés avec VQGAN+CLIP
2022

Les récentes et moins récentes pénuries alimentaires mondiales le montrent bien, en temps de disette, tout le monde stocke, et certains spéculent. Le fonctionnement actuel des marchés internationaux de l'agro-industrie favorise la rétention et la spéculation sur la matière alimentaire. L' hyper information et l'actualité en direct fournissent prétextes et carburant pour amplifier ces phénomènes.

Plus qu'un produit, un complexe hautement désirable super-spéculatif basé sur une huile colza achetée durant la pénurie d'huile de 2022.
Tout comme les cryptomonnaies ou les NFT, sa valeur se situe dans son incertitude.

Ce complexe est plusieurs choses à la fois.
- un multiple d'art original, numéroté et accompagné d'un certificat.
- un condiment premium, contenant uniquement des ingrédients alimentaires (huile de colza, carotte, arôme synthétique cheddar, or alimentaire).
- un soin cosmétique pour la peau bénéficiant des bienfaits antioxydants, assouplissants et hâlants (bronzage + teint doré) du macérat huileux de carotte
- un bio-carburant parfumé (58 % de l'huile de colza consommée en Europe a été utilisées comme carburant entre 2015 et 2019).


ingrédients : huile de colza origine belgique, macérat huileux de carotte (huile de colza, carottes origine france), arôme cheddar synthétique (substance aromatisante, propylène glycol E1520), poudre d’or alimentaire

LACHANOPHOBIA
photographie
Projet en cours
Le Champ au Loup
Gavray, Normandie

2023

Une relation qui s'éprouve entre le tactile et l'optique,
un frisson,
des vivants traversés d'ondes,
croire à l'invisible,
cueillir le fruit,
le flash thermique d'une explosion atomique.

UNE HISTOIRE DE BAGEL
Pour le club de dictée de Guines (62),
version personnelle inspirée des contes traditionnels du folklore Ashkenaze "Les Idiots du village de Chelm"

2021



Dans le petit village de Chelm, au fin fond de la Pologne, le conseil des Sages se réunit. Leibel, un notable ventripotent prit alors la parole :
“Mes chers, je reviens à l’instant de Vilna où je me suis embéguiné d’une chose ma foi fort intéressante. Un pain curieux, sans nul autre pareil.
Mais qu’a t-il donc de si particulier ce pain ? s'enquit le Sage Hershel, dubitatif.
Oh c'est-à-dire, je serais bien en peine de vous le décrire, il a ce je ne sais quoi, comme un petit goût réminiscent du vent…”
Hershel, brûlant d’un intérêt soudain pour la chose, l’interrompit brusquement :
“Le goût du vent ? Mais enfin Leibel, mon ami, serais-tu tombé sur la tête ? Quelle fantaisie nous contes-tu là ?” Leibel se saisit alors d’un petit sac de jute dans lequel il se mit à farfouiller. “Voici ce qu’à Vilna ils appellent un bagel” dit-il en brandissant un anneau de pâte mordoré. Il approcha alors le pain de ses lèvres et souffla délicatement au travers de son orifice. “Oh ! Voilà qui est nouveau !” s’exclamèrent de concert les Sages.
Dès le lendemain, une délégation fut dépêchée à Vilna, afin de lever le voile sur la fabrication de ces mystérieux bagels.
Le boulanger local reçut les Sages qui, usant de leur bagout proverbial, le persuadèrent d'accepter de leur livrer son savoir-faire.
“Alors voilà, il suffit de se saisir d’un trou, et d’enrouler la pâte autour de celui-ci.
Ensuite on les fait bouillir puis on les cuit dans le four à bois expliqua-t-il.
C’est tout ? répondirent les sages.
Oui, mais le secret de l’esculence d’un bagel réside avant tout dans la qualité de son trou renchérit le boulanger.”
Il leur expliqua alors qu’il tenait sa réserve de trous de son père qui lui-même les tenait du sien et ainsi de suite. “Si vous m’achetez une bonne quantité de bagels, vous disposerez d’un stock de trous considérable, mais veillez surtout à exiger de vos clients de ne pas esquinter ces derniers en mangeant la croûte, vous pourrez ainsi les réutiliser à l’infini”.
La délégation reprit donc la route de Chelm, flanquée de seize douzaines de bagels répartis sur pas moins de huit cordelettes de chanvre.
Tout infatués par la réussite de leur opération, les Sages firent halte en chemin pour trinquer dûment et les toasts s'enchainèrent tant et si bien qu’ils finirent par négliger les petits pains qui roulèrent à flanc de colline. Les chèvres et les chiens s’en régalèrent sans avoir une minute le bon sens d’en préserver les trous. Mais croyez-vous que le village de Chelm se dispensa pour autant de ces délicieux bagels ?
Que nenni, car pour les Sages, un problème est toujours un défi. Après plusieurs mois de songes ataraxiques, l’un d’entre eux eut l'idée de dessiner l’image d’un trou sur un tableau. Le boulanger n’aurait plus qu’à utiliser ce modèle pour façonner ses pains en suivant ses contours.
C’est ainsi que l’on commença à faire des bagels à Chelm, le village aux habitants les plus éclairés de tout le pays.


Hugo Kostrzewa, 2021

UNE HISTOIRE DE DORYPHORE
épisode #1 de La ligne du goût
2021



Il y a dans la vie de petites mers, des grand-mères et des arrières grand-mères.
Et comme les mers, il y a des rêves qui s’évaporent au petit matin, et d’autres qui sédimentent et restent.
Vous voyez ce genre de rêves que l’on veut absolument raconter, mais dont on se rend compte qu’ils sont tellement décousus qu’on a besoin d’y ajouter du sens, un semblant de linéarité, de cohérence, de dramaturgie. Personne n’aime le goût amer de la dissonance au petit matin.
L’action se déroule dans un jardin ouvrier de la cité des agneaux, quelque part dans le bassin minier du nord. Nous sommes en 1986, et un petit garçon de quatre ans passe l’après-midi avec son arrière-grand-mère.
Ils ne se disent trop rien, en fait le gamin ne comprend pas grand-chose de ce qu'elle lui raconte, elle qui est polonaise, mais qui a passé une partie de sa vie en Allemagne avant d’arriver en France. Une kartofle comme on dit dans la communauté polonaise, rapport au fait que les allemands mangent beaucoup de pommes de terre.
Ce jour-là, le soleil est de sortie, c’est l’été, il fait chaud, très chaud et la terre est sèche. Il est question de patates, ou plutôt de débarrasser les pieds de patates de ces petits insectes venus d’Amérique du Sud que l’on appelle doryphores. Doryphore, c’est aussi comme ça qu’en France, on surnommait les soldats allemands pendant la seconde guerre mondiale, rapport au fait qu’ils mangent beaucoup de pommes de terre et qu’il est difficile de s’en débarrasser.
La méthode est simple et se passe de mots. La vieille dame s’accroupit et fait courir sa main le long des tiges de la plante, soulevant les feuilles une par une comme l’on caresserait un chien poilu aux longues oreilles. Un petit claquement de langue indique qu’elle en a trouvé un, qu’elle saisit entre le pouce et l’index et montre au garçonnet. Szczik ! peut être Pszack ! une onomatopée dont le polonais a le secret, accompagne l’explosion de l’insecte entre ses doigts. Ça y est, la procédure est transmise.
Elle s’en retourne vaquer à ses occupations et le petit garçon se met au travail. C’est un petit citadin qui n’a pas un goût prononcé au travail manuel, mais au grand jamais, il ne s’opposerait à sa busia, elle qui lui paraît incarner la poigne mythique de la Pologne.
À quatre pattes, il s’affaire à appliquer le plan de sauvetage des patates, exécutant méthodiquement chaque insecte. L’histoire ne dit pas s’il y prend du plaisir ou s’il a conscience du massacre qu’il est en train de commettre.
La première rangée terminée - une éternité - sa busia apparaît soudain, lui tendant une petite bouteille d’orangina en verre, à peine sortie du frigo et un décapsuleur hors d’âge, un peu rouillé.
Il empoigne l’outil de ses mains pleines de terre et d’entrailles de doryphores et s’affaire maladroitement à l’ouvrir - c’est la première fois qu’il décapsule quelque chose -.
La capsule cède et il inspecte immédiatement la languette de caoutchouc qui sert de joint à cette dernière. Il y est inscrit quelque chose, mais l’histoire ne dit pas quoi.
Enfin, tenant sa canette comme il se figure qu’un bon travailleur le ferait, il s'enfile une grande gorgée glacée.
Ahhhh…C’est frais, les bulles lui piquent la gorge. Ses lèvres s’attardent sur le col de la bouteille maculé du mélange de terre et de jus d'insecte.
Szczak ! Choc esthétique, ça donne envie de manger plus de riz, dirait-on au Japon.
Il ne le sait pas encore, mais cela deviendra son plus ancien souvenir.


Hugo Kostrzewa, 2021

L'IRONIE DU SORT
2021



Cette histoire qui n'en est pas vraiment une, se passe à Wakkanaï, la ville la plus au nord du Japon. C’est l’automne, la plus belle des saisons. Les radis daikon sèchent sur les balcons et dans les jardins et par temps clair, on peut apercevoir l’île de Sakhaline. Non loin du port, j’emprunte un petit pont étroit qui enjambe un cours d'eau peu profond. Un clapotis nerveux attire mon attention.
Je distingue une créature oblongue, verdâtre, qui vient se confondre avec le lit de la rivière. Elle est bientôt est rejointe par une seconde, puis une autre et d’autres encore. Il s'amasse comme une horde, qui semble faire halte avant de passer sous le pont.
Des saumons.
Des saumons en piteux état. Leur peau part en lambeaux, et leur corps comme parcouru de spasmes nerveux. Des zombies, me dis-je, des zombies qui temporisent avant de passer sous le pont. Il faut dire que le passage est plutôt étroit - une simple canalisation en béton - et que le niveau de la rivière, particulièrement bas, les obligeraient à effectuer un petit saut pour s’y hisser.
Je patiente quelques minutes, le temps de me rappeler qu’avant l’arrivée du saumon norvégien dans les années 80, personne ne mangeait de saumon japonais sur l’archipel, rapport aux parasites que sa chair contient.
Ça y est, un premier poisson ouvre la voie et réussi à passer, et puis sûrement un second, mais ça je ne l’ai pas vu, car je suis parti entre-temps.
Ils remontent le courant pour pondre avant de mourir.
Une migration aux lieux de leur naissance, de leur jeunesse peut-être, la terre de leurs ancêtres ?
Dit comme ça, c’est beau.
Ça laisse songeur…

En fait, ça m'évoque le film d’horreur Dawn of the Dead, le deuxième volet de La nuit des morts-vivants de Romero, celui où les zombies reviennent s’agglutiner dans un centre commercial, poussant des chariots et errant dans les rayons sans but.
En finissant d’écrire cette histoire, je me suis demandé où ils pouvaient bien aller puisq’une migration à toujours un but. J’avais une photo de la scène, qui portrait les coordonnées GPS de l’endroit, alors je l’ai géolocalisé sur Google Maps.
J’ai repéré sur la carte la petite rivière par laquelle ils étaient arrivés jusqu’au petit pont, elle se jette dans la mer au niveau du port, à environ 500 m de là. Et puis j’ai cherché vers où ils se dirigeaient, et, en remontant le tracé de la rivière, j’ai compté qu'il leur restait pas moins de 21 ponts à traverser avant que celle-ci ne disparaisse littéralement de la carte, au beau milieu de la ville, à 2 kilomètres de là au niveau de la supérette Seico-Mart.
Et en dézoomant sur la carte, j’ai réalisé qu’il y avait deux autres petites embouchures qui partaient du port, à seulement quelques centaines de mètres de celle qu’ils avaient emprunté.
Ironie du sort, ces deux autres embouchures sont celles de rivières qui serpentent joliment dans la montagne, sur des kilomètres et des kilomètres.


Hugo Kostrzewa, 2021

Hugo Kostrzewa

DEUX HISTOIRES D'HUÎTRE
2021



Love story
La mer produit l'huître.
Un déchet entre dans l'huître.
L'huître en fait une perle.
L'homme ramasse l'huître,
trouve la perle et l'offre à la femme.
Ensemble, ils aiment la perle.
Unilever prend l'amour de la perle,
le transforme en bouteilles, y met de la lessive,
du shampoing.
Parfois, les bouteilles en plastique-perle
retournent à la mer.
La mer les érode et ce faisant,
crée des microplastiques.
De temps à autre, du plastique usé
échoue sur la plage.
Je le trouve beau,
je le ramasse.

Esthétiser les problèmesIl y a d'abord un mollusque délicat, gisant sur son lit de nacre.
Un corps souple, bientôt liquide, ramassé sur lui-même, un être-monde lové, ajusté dans sa gangue, rocailleuse et tranchante à l'extérieur, glabre et soyeuse à l'intérieur.
Sans aucun doute, l'huître perlière est un lieu de contraste admirable.
Et puis elle possède cette non moins admirable faculté, presque bourgeoise, à enrober les problèmes.
Les perles naturelles adviennent souvent par la concrétion de nacre autour d'un corps étranger qui aurait réussi à pénétrer le système huître.
La nacre qui fait le confort et le luxe de son habitat, c'est aussi sa réponse au danger que représente la présence de ce corps étranger.
Ainsi l'huître, en produisant la perle, arrondit les angles et garde la face.


Hugo Kostrzewa, 2021

UNE HISTOIRE DE BLŒUF
fable gravée sur plexiglas faisant partie de l'installation
Une histoire de blœuf
2022



Une histoire de blœuf (avec blœuf comme une contraction de blé et de bœuf)
Dans le temps, on mangeait du blœuf. Ah ça, qu'est-ce qu’on en mangeait.
Il y en avait partout, des champs à perte de vue. Le blœuf n’était presque rien, mais c’était pourtant tout. Et ça poussait comme du chiendent.
Pas besoin de semer le blœuf, il se ressemait de lui-même. Et il n’y avait qu’à se pencher pour ramasser. De longues tiges garnies de grappes généreuses, d’une couleur verymel qui lui était propre et qui était indiscutablement la teinte la plus appréciée des petits et des grands : partout, femmes et hommes allaient dans des tuniques verymel. Et partout, hommes et femmes arboraient la coiffure traditionnelle qui consistait à laisser tomber en cascades ses bouclettes, évoquant ainsi la générosité des grappes de blœuf.
Le blœuf, ça goûtait la bière, normal vu qu’on en faisait avec. Ça goûtait aussi la vache, disait-on, mais personne n’en était sûr parce que comme on le sait bien, les vaches, ça ne se mange pas. Ça lui donnait ce petit goût d’interdit qui ravissait ses aficionados.
On savait aussi depuis des générations qu’il possédait 1000 vertus miraculeuses auxquelles on ne s'intéressait pas vraiment étant donné que tout le monde en consommait chaque jour et que du coup, personne ne tombait malade. Il y avait du blœuf maritime qui poussait évidemment près des côtes, celui-ci était très prisé dans les montagnes - vous savez bien, l’herbe plus verte - enfin plus verymel - du champs d’à côté, on veut toujours ce qu’on ne peut pas avoir. Il y avait aussi du blœuf de terre, plus commun, mais qui poussait en plus grande quantité - il faut bien nourrir son monde après tout. Tout se passait bien dans le meilleur des mondes jusqu’à ce qu’arrive le règne des Diseurs.
Les Diseurs, qui venaient de loin, très loin, furent beaucoup appréciés dès le début. Il faut dire qu’on s’ennuyait ferme dans ce monde d’agriculteurs peinards. Les Diseurs disaient tout, d’abord bonjour, parce qu'ils ne connaissaient personne. Ils filaient aussi des petits cadeaux, juste pour dire, comme on dit. Ils commencèrent à dire de chouettes histoires qui se déroulaient dans des empires lointains, avec des héros qui partaient dans de grandes épopées pour aller combattre d’énormes créatures semi-magiques qui mettaient en péril des villages entiers. Dans ces histoires, les héros revenaient les bras chargés de morceaux de monstres, et les entassaient dans de grands feux autour desquels ils disaient leurs exploits au combat. Et dans ces histoires, ce qui retenait le plus l’attention du public, c’était les descriptions des maxi-fiestas que les gens de là-bas faisaient autour du feu. C’est vrai qu’ici la bière de blœuf avait ces derniers temps un goût un peu fade…
Les Diseurs, que tout le monde voulait à sa taverne, entamèrent une grande tournée à travers tout le pays. Il se disait partout les moments incroyables que l’on passait en leur compagnie. Ah, ils avaient du crédit. Ils avaient vu autre chose, eux. Invités à la cour des puissants - qui ne l’étaient pas tant dans ce pays-monde où l’on avait pas tellement besoin de travailler - invités donc à la cour, ils se mirent à dire, dire et un peu plus, glissant çà et là un conseil, puis deux.
Et puis, le Commandeur du pays-monde mourut, et un des Diseurs qui lui avait justement prédit la malédiction qui entraîna sa mort fut choisi à sa place. Le Diseur-Commandeur était adoré de son peuple. Il organisait de grands banquets dans lesquels il servait en alternance des mets et des histoires, qui ne manquaient jamais de décontenancer son peuple. Mais le Diseur-Commandeur avait du travail, normal, il avait de grands projets. Il disait tant de choses qu’il fallut les écrire, il devint donc le Dicteur-Commandeur.
Mais vous ne trouvez pas qu’il y a quelque chose qui cloche ?Mais oui, et le blœuf alors ?Eh bien le Dicteur-Commandeur ne l’aimait pas trop, il le trouvait trop archaïque, trop provincial, et ça, ça ne vend pas du rêve. Il eut alors une idée. Vous voyez, une de ces idées qui sonne comme une plutôt mauvaise idée, mais que l’on trouve géniale quand même, une fausse-bonne idée quoi. Mais trop nouvelle, trop flamboyante pour le peuple. Il appela donc à lui un cabinet de conseil en Diction. Des Diseurs-dicteurs, vous voyez, ce genre de personnes. Ils trouvèrent son idée “pas déconnante” voire “couillue”. Et puis l’histoire avait montré maintes fois que plus c’est gros, plus ça passe.
Vint donc le jour où le Dicteur Commandeur présenta au pays-monde son grand projet : « Voulez-vous vivre votre meilleure vie, la maxi-fiesta comme on dit, comme on dit dans les histoires ? »
OUI, le peuple répondit un grand oui.
Et c’est ce jour-là que l’on découvrit que le blœuf pourrait servir à nourrir des troupeaux et des troupeaux de vaches, dans des élevages qui s'étendraient à perte de vue. Et que finalement, dans le feu, des morceaux de vaches vaudraient bien des morceaux de monstres.
Un siècle plus tard, pour des raisons que l’histoire ne retient pas, le blœuf avait disparu du pays-monde. Le peuple, hypnotisé par la lueur des flammes des grands feux et le fumet délicieux des morceaux de vaches-monstres grillés, avait même finit par oublier que le blœuf avait existé.
Et puis il y eut ce phénomène que personne ne remarqua vraiment : on cessa de percevoir la couleur verymel et même de prononcer son nom.
Hugo Kostrzewa, 2022

TCHERNOZIOM
texte et photographie numérique
2024

Hugo Kostrzewa

Un champ fraîchement labouré, un champ à la terre sombre, que l’on pressent humide et collante, concassée avec une régularité sans faille en gros morceaux qui développent pourtant des courbes légères dont on devine qu’elles ont été imprimées par les lames d’un engin. À la surface de ces portions charnues, les reflets crémeux du ciel blafard.
D’aucun.e.s pourraient faire le constat d’une vaste zone impraticable, d’un potentiel à patauger, à s’embourber. Trop boueux, trop bouseux. Et puis il y a ce fossé, personne ne veut tomber dans le fossé. Ne pas se sentir concerné par cette expérience si salissante du monde. Et que dire de cette obsession actuelle pour les baskets à semelles blanches ?
Certain.e.s, au regard peut être moins novice, sauraient apprécier la teinte sombre de cette belle terre bien grasse, ces sillons bien alignés, avec un mélange de satisfaction du travail bien fait et une certaine forme de gourmandise, d’appétence ou peut-être de désir ? Y planter sa semence, y faire pousser du beau et du bon, dans cette terre qui nourrit le monde, ces champs à perte de vue que l’on peut voir au dos de certains paquets de chips.
Tel.e.s autres y verraient, sans surprise, la violence de cette pratique qui consiste à retourner systématiquement et profondément la terre, au détriment de toute la vie qui fait littéralement le sol, au détriment aussi de ses capacités d’absorption, de régénération.
Et d’autres encore, capables de lire l’avenir dans les entrailles de la terre, y apercevraient sans doute une Z.A.C.

Hugo Kostrzewa, 2024


Le tchernoziom (en russe : чернозём, contraction de чёрная земля, tchyornaïa zemlia, « terre noire ») est un type de sol riche en humus. On rencontre également dans certains textes le terme tchernozem. Chernozem est une transcription anglaise du mot russe, et les chernozems sont un groupe de référence dans la Base de référence mondiale pour les ressources en sols1. Les chernosols sont un groupe de référence dans le référentiel pédologique français. C'est un sol surtout caractéristique de certaines parties du biome des prairies et steppes et des steppes boisées sous climat tempéré continental.Caractéristiques
Cette terre noire contient un fort pourcentage d'humus, 3 à 15 %, riche en potasse, phosphore et oligo-éléments. Elle est très épaisse, souvent plus de 1 m, et jusqu'à 6 m en Ukraine. Elle est très fertile et l'impasse d'engrais, de fond et azoté, est possible. Le fort taux d'humus et d'argile lui confère une réserve d'eau utile importante. Pour ces raisons, elle est souvent considérée comme le meilleur sol au monde pour l'agriculture. D'ailleurs, ce type de sol se prête très bien au semis direct ou aux techniques culturales simplifiées (TCS).

CE QUI RESTE ET CE QUI RESTERA
texte gravé sur plexiglas faisant partie de l'installation
Ce qui reste et ce qui restera
2020


PangéeA l'origine était une chips, la plus grande chips.
Puis elle se brisa, produisant un son qui aurait pu devenir une onomatopée universelle. Et ses morceaux partirent à la dérive, des parts d’une nature fondamentalement inégale, chacune étant la contre-forme de l’autre, qui constituaient autrefois tout.
Chacun de ces fragments devint un tout à son tour, perdant ici et là d’autres morceaux. Ils aboutirent à des mondes distincts, ignorant réciproquement l’existence des autres. Au gré de leurs dérives, il arrivait parfois qu'ils se rencontrent, produisant ainsi des extensions de mondes.
Écrire l’histoireIl y a l’histoire tragique du Sapa Inca Atahualpa, fils du soleil et tyran par obligation de fonction, qui, au début du XVIe siècle, régna brièvement sur la côte sud-ouest de cette terre fraîchement baptisée Amérique. À peine venait-il de faire prisonnier son demi-frère Huascar au terme d'une lutte pour le trône d'empereur qu' il accepta une entrevue avec une poignée de conquistadors espagnols qui le pressaient de le rencontrer. Ils n’arrivaient pas les mains vides : des siècles de culture arabo-andalouse leur avaient conféré une solide connaissance des lois de l’acier venues de Perse, et ainsi ils avaient de longues épées. La Chine lointaine, via les invasions mongoles, leur avait transmis l’art de la poudre à canon, ils avaient donc de terribles fusils. Certains d'entre eux avaient eu vent d'ouvrages relatant des siècles de stratégies et de conflits, souvent rédigés par leurs vainqueurs. Il y avait aussi cet écrit tout particulier qui contenait la parole de leur dieu, assortie du devoir de convertir tout un chacun à cette religion. Ils connaissaient donc le sens de leur propre histoire et l'art de la guerre. Enfin ils vivaient depuis toujours au contact d'animaux divers qu'ils élevaient en grand nombre. Ils avaient reçu de ces derniers tout un tas de maladies et forgé leur immunité. Tout cela était en eux, le poison comme le remède.
Les conquistadors vinrent à cheval, une créature encore inconnue en ces contrées.
Ils parvinrent à capturer l'Inca, usant de la surprise, de la chance et de la ruse, bien que l'Inca fût également aussi méfiant que rusé.
Les conquistadors exigèrent une rançon d'or, d'argent et de pierres précieuses qui se devrait d'emplir entièrement la cellule dans laquelle il était retenu prisonnier. Un tel rassemblement de capitaux surpassait peut-être toutes les fortunes individuelles des monarques européens, et ce n'était là qu'une partie de la démonstration de pouvoir de l'Inca. Il était le fils du soleil, à la tête d'un empire qui avait, en moins d'un siècle, asservi une bonne partie de cette région du monde. L'or, sueur du soleil, afflua des quatre coins de l'empire qui se nommait aussi, le tout des quatre parts.
Pour assurer une issue favorable à sa captivité, Atahualpa commandita depuis sa cellule l'assassinat de son demi-frère Huascar et offrit la main de sa demi-soeur, l'Inca Ñusta Quispe Sisa, au commandant des conquistadors.
La rançon fut versée. En dépit de tout cela, Atahualpa fut condamné à mort.
Cette trahison signa symboliquement la fin de l'empire inca.
Système de récompenseDe toutes les ruées vers l’or qui émaillèrent l’histoire du continent américain, celle de 1896 dite du Klondike fut certainement la plus terrible. Sur la centaine de milliers d’hommes partis, seuls 30 000 parvinrent au bout du voyage. Aux confins de l’Alaska, le sol en partie composé de permafrost rendait extrêmement difficile tant l’extraction aurifère que l’agriculture. L’hiver 1897 fut le théâtre d’une grave famine et les autorités américaines décidèrent de faire venir de Norvège, par bateau, un troupeau de 600 rennes afin de subvenir aux besoins des pionniers. Les concessions s’étendaient en particulier aux abords du fleuve Yukon, jusqu’alors habités par un ensemble de tribus qui auraient appelé ce dernier ųųg han, rivière à l’eau blanche , en raison du phénomène de lait glaciaire. Ces peuples des premières nations ne prêtaient traditionnellement pas une valeur exceptionnelle à l’or. Ils lui préféraient les pépites de cuivre trouvées dans les cours d'eau, les fourrures et surtout l’huile de poisson eulakane, qui outre son rôle alimentaire était également utilisée pour la fabrication de chandelles, la conservation des fruits ou encore pour la confection de baumes médicaux.
Sur ce territoire hostile, emergea une ville, poussant comme un champignon : Dawson City. Elle devint rapidement la plus grande cité au nord de San Francisco ainsi que la première cité de l’ouest du Canada équipée de l'électricité. En 1899, 100 rennes ayant survécu au voyage depuis la Norvège franchirent enfin les portes de Dawson City, au milieu des salles de jeux, des théâtres, des restaurants et des bars à entraîneuses.
50 ans plus tard, dans la banana belt de l’Ontario, des fermiers originaires de Belgique et des Pays-bas désirèrent déposer une licence pour une variété de pomme de terre à chair jaune similaire à celle qu’ils cultivaient en Europe. Le département de développement de la pomme de terre de l’Ontario Agriculture College prit en charge ces recherches et finit par croiser en 1966 un cultivar venu des Andes, yema de huevo ou chaucha en quechua, avec des cultivars locaux d’Amérique du nord. À l'issue de 66 croisements consécutifs, naquit G6666, une variété qui sera mise sur le marché en 1980 sous le nom ironique de Yukon Gold et qui rencontra un succès commercial immédiat et sans précédent.
Durant cette même décennie, Peter Jenkins, maire de Dawson City, gagna le sobriquet de Pirate Pete : il souscrivit illégalement à des abonnements de télévision par satellite en usurpant des noms de pionniers historiques afin d'en accorder gratuitement l'accès à ses concitoyens. Il offrit ainsi à sa communauté un substitut dopaminergique au frisson de la pépite : l'excitation éternellement renouvelée de zapper sur plusieurs centaines de chaînes et de se délecter de documentaires portant sur l’or des Incas, les pyramides et les aliens. À quelques milliers de kilomètres de là, au Idaho Potato Museum, on peut admirer la plus grande chips du monde (63,5 cm, record officiel), réalisée en 1991 par des ingénieurs de la société Pringles.
Attention partielle continueEn 1970, la société Intel développe pour la société japonaise Busicom Corp un nouveau genre de calculatrice électronique. Elles contiennent entre autres une nouvelle variété de microchip, le tout premier microprocesseur, nommé Intel 4004. Un pavé de céramique blanchâtre de la taille d’un ongle, orné d'un bouclier et de 16 pattes recouverts d'or, s’apparentant vaguement à un artefact inca. Capable de traiter en quelques instants des quantités d’informations qui auraient pris aux hommes des vies entières, il inaugure l'ère de l'informatique domestique. La valeur d'un exemplaire en état de marche est aujourd’hui estimée entre 1 000 et 5 000 dollars.
En 1995 l'informaticien Ward Cunningham crée le premier site internet collaboratif. Il le nomme wiki d’après l'expression hawaïenne wiki wiki, un redoublement qui signifie très rapide ou très vite.
En 1998, la consultante Linda Stone invente le terme continuous partial attention pour décrire un comportement moderne d’adaptation au monde qui repose sur la division incessante de notre attention en courts segments.
Au début des années 2000 émerge le terme Fear of Missing Out ou F.O.M.O. Il désigne un état d’anxiété très répandu lié à la peur de rater quelque chose sur les réseaux sociaux. En résultent des comportements compulsifs et une véritable obsession pour les pépites que nous pourrions trouver dans ce flux d’information éternel, ce grand scroll infini.
Et cela, sans que nous ne prenions réellement la mesure de la quantité de données que nous ingérons.
Ce comportement est finalement assez proche de ce que le neuro-marketing agro-alimentaire désigne par hyper-palatabilité, et il n’y a qu’à ouvrir un paquet de chips pour s’en rendre compte.
Hugo Kostrzewa, 2020